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Un détroit, des choix étroits

Un choc pétrolier aux conséquences mondiales inégales laisse peu de marge de manœuvre aux décideurs politiques
Graphique linéaire des achats étrangers d'actions et d'obligations japonaises (¥tn, 12m) montrant les flux nets mensuels de 2004 à 2026. Les valeurs fluctuent autour de zéro et augmentent fortement pour atteindre plus de 30 000 milliards de yens en 2026.
Giorgio Curti
Research Associate

En ce début d’année 2026, la croissance mondiale semblait s’accélérer et s’étendre au-delà des États-Unis. Le boom technologique de l’IA, jusque-là concentré sur le hardware, commençait à irriguer d’autres pays et d’autres industries, notamment en Asie. Dans le même temps, les pressions inflationnistes à court terme paraissaient se dissiper.

C’est alors qu’un nouveau conflit au Moyen-Orient a de facto fermé le détroit d’Ormuz, interrompant près de 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz. Comme le montre le graphique de ce mois-ci, les hausses simultanées du prix du pétrole et des marges des raffineurs impliquent qu’aux niveaux de consommation actuels, les dépenses mondiales en produits pétroliers devraient bondir de 3,5 % à 5,5 % du PIB mondial.

Il s’agit d’un choc stagflationniste au sens classique du terme : il pèse sur la croissance économique tout en alimentant l’inflation. Les données empiriques suggèrent que, s’il devait durer, la hausse de 50 % du prix du pétrole observée jusqu’ici pourrait, sur les deux prochaines années, amputer la croissance américaine d’environ 1,5 point de pourcentage et la croissance mondiale de jusqu’à 3,5 points, à mesure que le choc se propage à travers les chaînes d’approvisionnement. Sur la même période, cette hausse ajouterait environ 100 points de base au taux d’inflation annuel mondial.

Ces estimations restent toutefois entourées d’importantes incertitudes. L’ampleur globale du choc, ainsi que l’importance relative entre ses effets récessifs et inflationnistes, varieront selon les pays en fonction de nombreux facteurs : leur dépendance aux importations d’énergie, leur position dans le cycle économique, l’expérience récente de l’inflation des ménages et des entreprises, la posture des banques centrales, la capacité des gouvernements à soutenir l’activité par la politique budgétaire, etc.

Parmi les grandes économies manufacturières, la Chine, le Japon et la Corée du Sud se distinguent par leur forte dépendance aux importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient et par le poids important de leurs secteurs énergivores — même si ces pays disposent de réserves stratégiques significatives. Le Royaume-Uni est moins exposé : il importe peu ou pas d’énergie depuis le Moyen-Orient, son économie est dominée par les services, et les ménages consacrent une part relativement faible de leur revenu à l’alimentation et à l’énergie. Les États-Unis, quant à eux, sont devenus depuis la révolution du schiste le premier producteur mondial de pétrole et couvrent l’essentiel de leurs besoins énergétiques en interne — ils se trouvent donc relativement préservés du choc.

Les banques centrales se trouvent face à des arbitrages délicats. D’un côté, le souvenir encore frais de l’épisode inflationniste de 2022 et plusieurs années de dépassement des cibles d’inflation pourraient rendre les comportements de fixation des salaires et des prix plus sensibles à une deuxième vague, risquant d’amplifier et d’élargir le choc. De l’autre, lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’économie mondiale sortait tout juste de la pandémie : les marchés du travail étaient nettement plus tendus, la demande globale plus soutenue et les politiques budgétaires plus expansionnistes qu’aujourd’hui. Ces larges plans de relance avaient d’ailleurs probablement joué un rôle aggravant dans l’inflation de 2022.

Ces différences sont particulièrement marquées au Royaume-Uni. Un marché du travail atone, une confiance fragile des ménages et des entreprises, et une marge de manœuvre budgétaire réduite font que les risques penchent aujourd’hui davantage vers un ralentissement durable de l’activité que vers une inflation persistante. Que le choc pétrolier se prolonge ou qu’une résolution rapide ramène les prix de l’énergie à la normale, le seuil pour de nouvelles hausses de taux reste élevé. Ainsi, lorsque la Banque d’Angleterre a affiché un ton plus hawkish lors de sa réunion de mars — et que les marchés ont réactivé leur logique de 2022 — nous avons saisi l’occasion offerte par la remontée des taux pour prendre une position tactique sur les gilts britanniques à cinq ans. C’est un exemple de notre démarche permanente visant à identifier des opportunités, tout en cherchant à se protéger, dans un contexte de volatilité accrue.

En prenant de la hauteur, ce douloureux choc d’offre que les banques centrales doivent désormais gérer rappelle, de façon inconfortable, dans quel monde nous vivons. Chez Ruffer, nous défendons depuis longtemps l’idée que l’ère de la « machine à déflation » cède la place à un nouveau régime économique et de marché, structurellement plus inflationniste et plus volatil. Les perturbations géopolitiques et les chocs d’offre répétés sont parmi les conséquences imprévisibles de l’effritement de la domination américaine sur l’ordre mondial, un processus accéléré par le retour de Trump à la Maison Blanche. Dans ce nouveau régime, la volatilité de l’inflation n’est pas une anomalie — c’est une caractéristique permanente.

Giorgio Curti
Research Associate

Source du graphique : LSEG, BP Energy Institute, Banque mondiale. Les marges de raffinage (« crack spreads ») sont ajoutées au prix du pétrole brut de chaque région.

Les opinions exprimées dans cet article ne constituent pas une offre ou une sollicitation pour l’achat ou la vente d’un investissement ou d’un instrument financier, y compris des intérêts dans l’un des fonds de Ruffer. Les informations contenues dans cet article sont basées sur des faits et ne constituent pas une recherche en investissement, un conseil en investissement ou une recommandation personnelle, et ne doivent pas être utilisées comme base pour une décision d’investissement. Les références à des titres spécifiques sont incluses à des fins d’illustration uniquement et ne doivent pas être interprétées comme une recommandation d’achat ou de vente de ces titres. Cet article ne tient pas compte des objectifs d’investissement, des besoins particuliers ou de la situation financière d’un investisseur potentiel. Cet article reflète uniquement les opinions de Ruffer à la date de publication, ces opinions sont susceptibles d’être modifiées sans préavis et Ruffer n’assume aucune responsabilité quant aux opinions émises. Pour les investisseurs européens : Cette communication marketing est émise par Ruffer S.A. qui est autorisée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution et réglementée par l’ACPR et l’Autorité des Marchés Financiers. ©2026 Ruffer S.A. 103 boulevard Haussmann, 75008, Paris Lire la clause de non-responsabilité. Pour les investisseurs hors Europe : Cette communication marketing est émise par Ruffer LLP qui est autorisé et réglementé par la Financial Conduct Authority au Royaume-Uni et est enregistré en tant que conseiller en investissement auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis. L’enregistrement auprès de la SEC n’implique pas un certain niveau de compétence ou de formation. ©Ruffer LLP 2026, une société enregistrée en Angleterre sous le numéro de partenariat OC305288. 80 Victoria Street, Londres SW1E 5JL. Pour les investisseurs institutionnels américains : les titres sont proposés par l’intermédiaire de Ruffer LLC, membre de la FINRA. Ruffer LLC opère sous le nom de Ruffer North America LLC à New York. Plus d’informations

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